Les archives à la rue !
Etre archiviste intercommunal permet indéniablement de vivre des aventures assez extraordinaires, qu’on aurait du mal à croire si on ne les avait vécues ! Nos chers élus, comme l’ensemble du personnel des collectivités, ont en eux des ressources insoupçonnées qu’ils parviennent toujours à mettre en action pour nous surprendre encore et encore…
Je me devais aujourd’hui de partager avec vous, chers lecteurs, la nouvelle aventure qui m’est arrivée il y a quelques jours. Travaillant depuis plusieurs mois à résorber un arriéré d’archives de plus d’un kilomètre linéaire au sein d’une importante collectivité de mon département, j’ai eu l’occasion, vous devez vous en douter, de vivre diverses expériences, certaines formatrices, d’autres plutôt désespérantes… Je pensais bien avoir tout vu, ou presque, lorsque je reçus un matin un coup de fil de la responsable du service Comptabilité de ladite collectivité.
« Bonjour, je suis bien aux archives ? »
« Bonjour ! Oui vous êtes bien aux archives, je suis l’archiviste qui intervient depuis quelques mois pour m’occuper du tri et du classement de l’ensemble des archives de la commune »
« Ah très bien ! Vous allez pouvoir me renseigner peut-être ! Je vous appelle car je raccroche à peine avec un commerçant qui est en possession de factures des années 1960 établies à l’ordre de la commune ».
« Pardon ? Cette personne détiendrait des factures de la commune chez lui, vous me dites ? Mais ce sont des documents qui ne doivent pas sortir des locaux de la mairie ! Comment a-t-elle pu se les procurer ? »
« Pour tout vous dire, il les a trouvés ce matin devant chez lui, dans la rue, en sortant son chien. Il nous a appelé dans la foulée pour nous avertir. Si je vous appelle, ce que je ne m’explique pas comment de tels documents ont pu se trouver sur le trottoir d’une des plus grandes avenues de la ville »
Un silence pesant s’installa alors ! Des factures des années 1960 sur la voie publique ? Comment ces archives ont-elles pu se retrouver en pleine rue, à la merci de tout un chacun ? Quelques secondes - bien longues - passèrent. Et puis, tout d’un coup, ce fut comme une révélation. J’avais trouvé, me semblait-il, l'explication de ce mystère.
« Je pense avoir compris. Hier après-midi, deux personnes des services techniques sont passés pour amener à la destruction plus d’une centaine de mètres d’archives éliminables. Parmi ces documents, figuraient ceux concernant votre service. Ma collègue a assisté au chargement. Ils sont venus avec un camion de taille moyenne, fermé par une simple bâche. Vous savez, ces véhicules anciens dont l'arrière n'est pas complètement fermé ! Il est fort possible que des documents soient tombés durant le trajet si le camion était chargé à son maximum »
« C’est possible ça ?? Ils n'ont quand même du faire attention pendant le transport ! »
« En tous cas, c’est la seule explication qui me vient à l’esprit. Il faudrait peut-être appeler les services techniques pour en avoir le cœur net »
Eh oui, le mystère était ainsi résolu. Après vérification, ils avaient tout simplement rempli leur camion jusqu’à la limite de l'acceptable et avaient roulé à très bonne allure sur le trajet menant au centre de destruction. Quelques documents en avaient ainsi profité pour s’offrir une petite escapade dans les rues de la ville…

Dramatique me direz-vous ! Heureusement, il ne s’agissait pas de documents dont l'extrême sensibilité exigerait de ne pas les placer en des mains malveillantes. Et nous avons eu la chance de tomber sur un commerçant responsable et un bon citoyen. Après avoir averti mon directeur de ce petit incident (!!!), j’imagine quand même que nos deux chauffeurs ont eu droit à quelques remontrances. Je l’espère en tous cas…
Car voyez-vous, il ne m’a pas semblé que ça ait inquiété le moins du monde les responsables de la collectivité. Leur arracher quelques sourires oui, mais pour le reste… Encore une fois, la preuve est faite que les archives n’intéressent vraiment pas personne, ou pas grand monde pour le moins… Que pouvons-nous bien y faire ? Rien sans doute !
Si ce n’est de ne pas perdre espoir en ce que nous faisons, et en l’utilité à moyen et à long terme de notre si joli métier ! Tant que nous, archivistes, y croyons, ce n’est au final déjà pas si mal… Tentons de nous en persuader !
Étourderie d'archiviste !
Fin de semaine. Travail de bureau un peu fastidieux : plannings, courriers, facturation. Quand la fatigue s'installe, la porte s'ouvre à toutes les bourdes !
Mais a quoi peut donc ressembler une étourderie typique d'archiviste ? A quoi reconnait t'on la patte du conservateur patenté, du vieux baroudeur de locaux d'archives, de l'explorateur de parchemins et vieux actes notariés ?
Je saisis la facture de mon intervention dans une collectivité. Je l'achève satisfaite. Je la relis. Oups.
J'imagine bien la tête du service compta ou même encore de la collectivité en question à la lecture du montant : 160 Livres Tournois !!!!
Bon, à ma décharge, j'avais passé la semaine à dépouiller des actes fonciers XVIIe !!
Etre archiviste intercommunal, ou l’art de respirer profondément
Me revoilà après 3 semaines de repos intensif... Je ne sais pas ce qu’il en a été pour vous, mais pour ma part, ces vacances m’ont finalement très peu reposées. D’un autre côté, c’est souvent comme cela que se passent des vacances estivales, non ? Les petits travaux à la maison, les vacances en bord de mer avec la famille au complet, enfant compris, les soirées entre amis qui s’éternisent, les férias du Sud-Ouest un brin arrosés… Un programme où les plages de repos se comptent sur les doigts d’une seule main au final ! J’étais ainsi à mon retour de vacances dans un état proche de celui dans lequel j’étais à mon départ : le visage pâle, les yeux fatigués, la motivation au plus bas sur l’échelle internationale de l’archiviste.
Quoi de mieux alors, me direz-vous, pour se remettre dans le bain que de repartir sur les chapeaux de roue, la tête dans le guidon, dès les premières minutes du premier jour de la reprise ? Ce qui est bien avec notre métier, c’est qu’on croise souvent des personnes qui ne vous laissent aucun répit, et qui vous assènent, sans avoir l’air d’y toucher, le coup de grâce et vous ramène à la triste réalité d’un archiviste, sans même nous laisser espérer après quelques semaines de vacances… Et justement, cette semaine, la première après mes longs congés aoûtiens, j’ai eu l’extrême chance - que dis-je ! l’honneur - de me voir confronté à une de ces charmantes personnes, une secrétaire qui m’en veut alors que je n’ai rien dit ni rien fait pour mériter cela. Pauvre Caliméro que je suis ! C’est vraiment trop injuste !!
De retour dans une collectivité 2 années après y avoir passé quelques semaines à remettre en ordre l’ensemble de leur fonds d’archives, je me faisais une joie de revoir ces personnes avec qui je m’étais plutôt très bien entendu. Arrivée à la fin de ma courte mission de remise à jour de leurs archives, je me propose de leur montrer rapidement le travail effectué afin qu’ils ne soient pas perdus dans le local, après mon départ. Et là, une voix s’éleva soudain au milieu de celles de gens enclins à me suivre, celle d’une personne charmante au demeurant. Elle me répondit, avec un large sourire, cette phrase fort agréable s’il en est : « Oui bon si tu veux, mais 5 minutes alors. Car franchement les archives, je m’en fous ! » Merci ! Ca fait toujours plaisir d’être soutenu et encouragé ! Je ne sais pas comment vous auriez réagi. Cela m’aurait bien agacé il y a quelques temps, mais cette fois-ci, j’ai préféré ne pas y prêter grande attention et sourire. L’art de respirer profondément et de passer son chemin, en quelque sorte…
Ce genre de péripéties peut décourager un archiviste, même passionné depuis sa plus tendre enfance… J’en conviens assez aisément. C’est ma manière à moi d’avoir une petite pensée dans ce billet pour notre collègue qui fait vivre avec humour et talent le blog . C’est ma façon de lui souhaiter le meilleur dans sa nouvelle orientation professionnelle, qui je l’espère, lui permettra de trouver épanouissement et bien-être. Pour en revenir à nos moutons, j’ai été, moi aussi, confronté à ces petits moments de doute, quand on se demande à quoi on sert au final, à quoi ça rime de donner de sa personne et de son temps pour n’obtenir bien souvent en retour que très peu de choses de la part des collectivités ?
Mais durant cette même semaine, j’ai été invité au restaurant par une collectivité heureuse de disposer enfin d’archives classées et bien conservées, quand d’autres m’ont félicité pour le travail réalisé. Alors, mon tempérament d’éternel optimiste a, encore une fois, repris le dessus. J’ai vite oublié cette secrétaire un brin désagréable, pour ne retenir de ma semaine que ses côtés positifs et agréables. Une semaine comme les autres finalement, où il a fallu quelquefois respirer bien profondément et prendre sur soi pour ne pas être à son tour désagréable, et qui se termine par un autre type de respiration, bien plus belle. Vous savez, cette respiration qui nous fait apprécier le bonheur d’un travail mené à son terme et la douceur de quelques remerciements éphémères.
A bientôt !
Optimisme estival
Ce soir, c’est le jour J ! C’est l’heure pour moi de goûter aux joies des vacances estivales, de la plage, du soleil et des quelques habituels travaux d’été. Je vais délaisser pour trois semaines boîtes d’archives, poussières, insectes et tout ce qui fait le charme quotidien de notre si joli métier. A l’aube de ces quelques jours de repos, un vent d’optimisme s’est emparé de moi, une folie douce qui me laisse à penser que notre travail pourrait bien être, pourquoi pas, de plus en plus respecté par nos collègues non archivistes oeuvrant dans les collectivités locales que je fréquente au quotidien.
Je sais pertinemment ce que vous devez penser en ce moment, assis derrière votre écran d’ordinateur à lire ce billet estival. « Ca y est, il a attrapé un coup de chaud ! Il faut appeler d’urgence les hommes en blouse blanche, il délire… » Mais, non rassurez-vous, je n’ai pas été pris d’une insolation soudaine. La chaleur accablante qui touche nos caves et greniers d’archives n’a pas encore atteint mon petit cerveau fragile. Non, non, rien de tout cela n’est advenu.
Tout simplement, il m’est arrivé
dernièrement une ou deux expériences qui m’ont rendu optimiste quant à
l’intérêt que pouvait finalement revêtir les archives pour certains de nos collègues
non archivistes. En premier lieu, il y eut tout d’abord cette mission dans une
collectivité importante de mon département. Au début de la mission, les
archives étaient conservées, à même le sol, dans de grands cartons servant aux
déménagements. Ils ressemblaient à tout, sauf à des boîtes d’archives ! Et bien sûr, ces archives étaient stockées
dans un local à l’extérieur de la mairie, au milieu des drapeaux tricolores,
des vieux ordinateurs et des urnes électorales désuètes. Et bien, aujourd’hui
que la mission est achevée, ces mêmes archives ont eu droit à un local tout
neuf, équipé d’étagères métalliques toutes belles ! Il y a même dans cette
pièce de la place sur les étagères pour les 5 ou 6 prochaines années. Quel
bonheur !! On ressent, dans un moment comme celui-là, un sentiment mêlé
d’optimisme et de fierté d’avoir convaincu, au moins pour un temps, une
collectivité de l’importance d’avoir des archives bien conservées. Et puis,
c’est agréable de quitter ces lieux en y laissant les documents dans un si bel
espace.
La seconde expérience qui m’a rendu un brin optimiste ces dernières semaines s’est produite au cours d’une mission que j’ai effectuée dans un syndicat intercommunal. J’ai eu la divine surprise, en arrivant le premier jour, de trouver plus de boîtes neuves qu’il ne m’en fallait pour mener à bien mon travail. Aucune commande à faire moi-même, aucune pression à mettre sur le personnel de la collectivité en question pour avoir les boîtes en temps et en heures. Une sorte de mission parfaite en quelque sorte… Tout était prêt à mon arrivée. C’est suffisamment rare pour me rendre optimiste et me laisser penser que cette collectivité a un certain respect pour mon travail, et pour notre métier et son intérêt par voie de conséquence.
Soyez néanmoins rassuré, je ne
suis pas tombé, à l’image d’Obélix, dans une énorme marmite remplie d’un élixir
rendant béatement optimiste et angélique. Je sais pertinemment que beaucoup de
gens pensent encore que notre labeur et notre vocation sont des choses bien
inutiles, ou tout du moins sans grand intérêt. Ces personnes auraient vite fait
d’acquiescer et de reprendre à leur compte cette phrase que fait dire Philippe
Lioret à Kad Mérad dans l’excellent film « Je vais bien, ne t’en
fais », que vous avez peut-être vu. Dans un passage de ce film, Kad, en
bon père de famille, tente tout pour convaincre sa famille, jouée par Mélanie
Laurent, de ne pas abandonner ses études universitaires, alors que celle-ci
songe à tout lâcher pour travailler dans un supermarché. Il a alors cet
argument choc : « aujourd’hui, il faut même bac +5 pour trier
des papiers »... Comme quoi, il y a encore du travail à faire pour arriver
à ce que mon optimisme soit partagé pour tous, et soit surtout le reflet de la
réalité. Mais en même temps, cette réplique me fait beaucoup rire… Suis-je un
brin masochiste ? Ou ai-je tout simplement assez de recul pour faire la
part des choses, et ne pas attacher d’importance à ce que ces gens-là pensent
de mon métier, qui est aussi ma passion ? J’opterais bien, pour ma part,
pour la seconde solution.
Mais ce soir, c’est enfin les vacances. Je vais oublier les boîtes d’archives durant trois semaines. Autant quitter un temps cet environnement sur une note optimiste, bien que peut-être un peu angélique. Ne croyez-vous pas ? Peut-être que, dans trois semaines, je reviendrais grâce à cela avec encore plus d’entrain, et d’espoir en des jours meilleurs pour notre métier et l’intérêt qu’il engendre chez la majorité de nos contemporains. Ca a parfois du bon d’être candide…
Bonnes vacances !
La dure vie d'une archiviste intercommunale en été
Il était une fois, une pauvre archiviste intercommunale qui était condamnée à passer une partie de l'été au boulot pendant que d'autres profitaient des vacances.
Chaque matin, elle était contrainte de traverser un labyrinthe de ruelles médiévales ensoleillées pour se rendre à son "bureau"...
... à supporter des brassées de fleurs colorées et parfumées retombant de part et d'autre du chemin. Parfois, elle était même obligée d'écarter à main nue une ou deux roses trémières barrant le passage...
Au terme de ce parcours éprouvant semé d'embuches, elle se voyait obligée de travailler dans une grange en pierre fleurie entourée de pelouse cernée par une église romane et un château renaissance...
On pourrait croire que la pause du midi lui permettrait de se détendre un peu, mais non. Il fallait manger du foie gras, des gésiers, des confits...
Et, pire que tout, il fallait endurer, lors de la pause dessert, le clapotis insupportable du cours d'eau passant à proximité...
Et ces cigales qui piaillent sans arrêt du matin au soir !
Ah, que nous sommes malheureux !! Vivement les vacances, tiens !!
Je souhaite de très bonnes vacances à tous les lecteurs du blog !
Le meilleur ami de l'archiviste
Aujourd'hui, c'est le plus beau jour de ma vie d'archiviste. Me voici enfin en possession de l'outil ultime, du graal de la profession : l'aspirateur pour archives !!
Des années qu'il était sur ma liste adressée au père noël des archivistes. J'ai du être particulièrement sage ces derniers mois ou alors, peut être le Grand Chef a t'il eu pitié de ma condition misérable et de toute cette poussière respirée, avalée, repoussée par tous les moyens possibles (sopalin, kleenex, balai brosse, pinceau à peinture du cantonnier, etc.)
Ca y est, je vais enfin pouvoir vivre dans un monde sans poussière (ou presque) avec ma nouvelle arme en bandoulière ! Tremblez poussières, toiles d'araignées et vilaines bestioles, me voici métamorphosée en Lara Croft des archives communales !!!
Les mots (impayables) de nos élus, collègues et de notre entourage !
Extrait d'une conversation captée dans le bureau de la secrétaire de mairie hier :
Secrétaire de mairie : "Elle est vraiment très compétente, elle nous reclasse tout bien"
Administrée : "Eh bien, comme ça, vous n'avez pas besoin de prendre de femme de ménage"
:-D
Et comme une bonne journée ne saurait être complète sans au moins deux déclarations impayables, extrait d'une conversation avec un adjoint de la même commune quelques heures plus tard :
Archiviste : "Vos registres de délibérations XIXe sont très abîmés par la moisissure, il faut agir rapidement si vous ne voulez pas les perdre"
Adjoint (perplexe) : "Mais c'est vraiment utile ? On doit vraiment les garder ?"
Ah, je vous jure, on n'a pas un métier facile tous les jours !!
Et pour finir, la conversation "qui fait dégonfler les chevilles" du jour :
Personne âgée de mon quartier : "Et vous, vous faites les mairies ?" [regard condescendant style "tout le monde ne peut pas réussir sa vie"]
Moi : "Oui, je suis archiviste intercommunale [Et là, preuve d'immaturité totale et d'optimisme indécrottable, je tente encore de me lancer dans une explication valorisante à la portée du plus grand nombre, tâche oh combien délicate et insensée...!] je mets en valeur les archives anciennes des communes pour les chercheurs et les historiens locaux"
Personne âgée : "Ahhhh... Mais peut être un jour vous arriverez à être secrétaire de mairie ?"
... Allez, c'est pas grave ... De toute façon, nous n'arriverons jamais à faire comprendre exactement à tout le monde l'importance et l'intérêt de notre profession... alors il faut prendre les choses du bon côté et se dire que ce genre d'expérience nous apprend l'humilité !!!
Les mille et une découvertes insolites d'un archiviste
Pourquoi donc tous les objets insolites possibles et imaginables susceptibles d'être conservés dans une collectivité se retrouvent toujours, invariablement, dans les locaux d'archives ? La "salle des archives" est, bien souvent, le cabinet de curiosité de nos petites mairies de campagne, occupées par des élus à l'esprit très conservateur. On dirait que cette pièce est un lieu doté de pouvoirs spéciaux, comme si elle était capable d'avaler tout ce dont on n'a plus besoin et dont on ne sait que faire, mais que l'on a pas le courage de jeter...
Vous cherchez la vieille machine à écrire de l'ancienne secrétaire ? Elle est aux archives. Le tambour du garde champêtre ? Il est aux archives. Les plaques de marbre des concessions reprises du cimetière ? Aux archives. Les costumes fabriqués pour la fête de la Saint Glinglin par le comité des fêtes il y a 40 ans ? Aux archives.
Bon. Tout cela est simplement très courant. Un ensemble hétéroclite poussièreux et brinquebalant qui cale les boîtes et les étagères dans tous les lieux où l'on intervient. Mais parfois... parfois... il nous arrive encore d'être surpris par ce que l'on découvre lors de nos explorations des placards et greniers.
Par exemple, saviez-vous que notre métier peut être dangereux ? Ce n'est pas moi qui le dit mais la Brigade Régionale de Déminage qui est venu le mois dernier en quatrième vitesse dans la commune où je me trouvais. Farcie entre deux liasses de matrices cadastrales, une jolie boîte en bois contenait... des fusées paragrêles vieilles d'une bonne cinquantaine d'années (j'ai même retrouvé les factures !). Enfin, en fait, "pire encore que les fusées" me dit le brave démineur, "le détonateur" !! "Si vous l'aviez échappé en l'attrapant ou secoué un peu trop fort, vous faisiez tout péter" !!! Rassurant !! Je m'en vais demander une prime de risque moi.
Dangereux donc. Mais cocasse aussi parfois. A part les archivistes - auxquels personne ne pense jamais...-, qui fouille dans les vieilles archives ? Voilà donc une cachette rêvée pour les correspondances secrètes et interdites. Des lettres d'amour adressées par une secrétaire de mairie à son amant africain, cachées dans les liasses de demandes de transport de corps !! Des photos coquines accompagnées de missives dont les audaces feraient frémir les plus avertis d'entre vous, au milieu des appels d'offre de travaux d'assainissement !!! Des billets doux donnant rendez-vous à la gare du village voisin à un amoureux marié, entre les circulaires préfectorales !! Autant de petites surprises pimentées qui parsèment notre quotidien. Et font de nous non plus seulement des gardiens de la mémoire mais aussi des gardiens de la paix des ménages !
Je pensais donc, après tout cela, ne plus pouvoir m'étonner de rien. C'était sans compter avec l'extravagance et l'imagination sans borne de mes élus et de mes collègues. La semaine dernière, je fouille un grand meuble dans la salle principale de la mairie qui sert aussi d'accueil du public (et de bibliothèque, de local technique, de salle de documentation, de salle du cadastre, de salle du café et de salle de rangement des apéritifs !!) afin d'en extraire tous les dossiers pour les trier. J'ouvre un grand tiroir, juste en dessous des matrices cadastrales et à côté des biscuits apéro, contenant un grand sac plastique transparent avec beaucoup de condensation et des objets marrons foncés de taille et forme curieuse à l'intérieur. Moi, un peu blonde, mais m'attendant à tout : "Ce sont des champignons séchés ?" (après tout, nous sommes ici au pays des cèpes...!). La secrétaire : "Ah non ! Ca, ça vient du cimetière, ce sont des os". "Des os ?!". "Oui, oui, on les a trouvé en faisant les travaux sur la place au dessus de l'ancien cimetière du village, le cantonnier les avait jeté dans un chemin pour remblayer mais les habitants sont allés les chercher avec un panier et nous les ont ramenés. On n'a pas osé les jeter de nouveau alors on les laisse là en attendant". Voilà. Donc, pour la première fois en huit ans de carrière, voilà que je vais devoir archiver les ossements de pauvres malheureux décédés au siècle dernier !!! En plus de leur acte de mariage, de leurs signatures sur les listes d'émargement, de leur trombine sur les permis de chasse, voilà que nous allons aussi disposer de leur omoplate ou leur humérus pour la postérité !! Et d'imaginer nos chers amis généalogistes venant à la mairie en demandant "puis je avoir un moulage de la phalange de mon arrière grand père ?" ! Trêve de délire d'archiviste, le cantonnier a mis fin au fou rire nerveux qui m'avait attrapé suite à la révélation de la secrétaire en emportant le tout pour "le mettre dans un chemin ou personne ne va jamais !!!". A chaque problème, sa solution !!!
Archiviste. Quel métier palpitant. Du danger, du mystère, des secrets !! Pas besoin d'aller chercher l'aventure trop loin !
Voyage au pays des archives
Après plusieurs années passées à arpenter les routes escarpées de mon coin de France pour tenter de faire de mon département un modèle archivistique envié, il m’arrive encore de me demander de temps en temps si je ne serais pas mieux à passer mes journées assis derrière un bureau, ou devant une salle de classe remplie de jeunes gens à l’écoute…
Cette réflexion m’est venue
à l’esprit ce mardi matin, au commencement d’une nouvelle mission d’archivage
dans une commune de mon département. Je me suis demandé, l’espace de quelques
secondes, ce que je faisais là, et surtout, quelles pouvaient bien être les
raisons qui m’avaient poussées à opter pour ce métier il y a quelques années ?? Ou plutôt quelle folie m’avait traversée l’esprit à cette époque de ma
vie ?? Mais je ne vous fais pas languir plus longtemps. Je vous raconte
sans attendre les raisons de ces interrogations subites, survenues au lendemain
d’un lundi pascal ensoleillé et radieux.
En ce mardi matin, une nouvelle semaine d’archivage s’annonçait. Une fois arrivé sur les lieux de l’intervention, je discute quelques minutes avec le personnel de la collectivité en question, et je me dirige vers le local où sont conservées les archives les plus anciennes, afin de débuter ma journée dans la joie et la bonne humeur. Et là, outre un tas d’archives à désespérer le plus passionné d’entre nous (j’y reviendrais un peu plus tard dans cet article), je me rends vite compte que je ne suis pas seul dans cette salle… En effet, un comité d’accueil formé de deux souris – un peu desséchées il est vrai... – m’attend pour me souhaiter la bienvenue à l’ombre de leurs cartons d’archives. Ces deux petites bêtes avaient depuis bien longtemps déjà rejoint le paradis des souris, si bien que j’eus un mal fou à les décoller du plancher… Moi qui n’ai rien d’un grand aventurier téméraire, et dont les battements du cœur s’accélèrent à la simple vue d’une araignée morte, je vous laisse imaginer mon état !! Mais que fais-je donc là, bon sang ?? Quel bonheur de démarrer une nouvelle journée de la sorte !!
Passée cette agréable rencontre matinale, je me suis mis au travail dans cette « zone hostile », au sein de laquelle chaque carton pouvait amener son lot de belles surprises !! Mais point de souris, ni d’araignées ! Ne sont apparus que boites de sucres à moitié pleines, rideaux, pièces de monnaie, etc., tant d’objets dont la présence en un tel lieu ne surprendra pas les archivistes que nous sommes !!! Mais regardez plutôt ce beau local qui va m’accueillir pendant quelques semaines !
Ca donne envie non ??? « Non, non, tu ne te décourages pas ! Tu ouvres tous ces cartons, tu tries car tel est ta mission ! Et tu l’as acceptée de ton plein gré cette mission, je te le rappelle ! », me répétait à chaque instant une petite voix venue de je ne sais où. Je suis bête (on me le dit souvent en ce moment !!), mais je l’ai écoutée cette voix.
Et au final, en voyant au fil de la journée resurgir de ces cartons poussiéreux de magnifiques documents des XVIIIe et XIXe siècles, qui avaient survécu Dieu seul sait comment, je me suis dit que, finalement, j’étais bien ici ! La certitude m’est venue qu'aucun bureau, aucune salle de classe ne valaient, à mes yeux, ce local rempli de trésors qui n’attendaient que ma venue pour se dévoiler… C’est un peu fou un archiviste non ??
Amis archivistes, résistons ensemble !
Cette semaine de février a encore apporté son lot de surprises et d’incongruités dans mon quotidien d’archiviste intercommunal. J’en viens même à me demander si un complot des « ennemis des archives » ne serait pas fomenté depuis quelques temps à notre encontre par l’ensemble des fonctionnaires de la filière administrative de France et de Navarre. Une certaine jalousie visant la filière culturelle conduirait ces millions de personnes à tout faire pour nous mener la vie dure et nous démoraliser à chaque instant de la semaine. Parmi elles, un véritable gang, celui des secrétaires, semble être le plus actif et le plus dangereux. Celles qui exercent leurs fonctions dans les collectivités dans lesquelles j’ai l’honneur d’intervenir pour remettre en ordre leurs archives ont décidé de passer à l’offensive en ce mois de février. A un moment donné, on est forcément obligé de se rendre à l’évidence : ce complot est une attaque en règle contre notre métier, dont le seul but est de nous décourager dans notre mission de ramener les âmes perdues vers une prise de conscience des bienfaits des archives.
Je m’explique de suite. Premier exemple. A la fin d’une mission dans une commune dont je tairai le nom, j’explique à la sympathique secrétaire de mairie qu’elle doit envoyer le bordereau d’élimination aux Archives départementales afin d’avoir l’autorisation d’éliminer les documents mis de côté. Je lui écris même l’adresse des Archives ! Et que croyez-vous qu’il arriva ? Je reçois quelques jours après ce fameux bordereau venant directement de la commune en question. Elle me l’avait envoyé au lieu de le faire parvenir aux Archives départementales. Si c’est pas une tentative de déstabilisation ça ! Une sorte de message codé, du genre « Vous pouvez bien nous expliquer un truc pendant des heures, même nous l’écrire, on vous écoute pas, ça n’intéresse personne ! ». Le pire, c’est que ce genre de choses a tendance à se répéter ces derniers temps. Une attaque en règle je vous dis…
Autre exemple. Début de mission dans une collectivité. Tout semble bien se passer, j’ai même droit au café ! Et là, sans préavis, la secrétaire se tourne vers moi et assène : « Dites-moi, les documents que vous mettez de côté pour éliminer, c’est vous qui les faites brûler, c’est bien ça ? » Euh, comment vous dire chère madame ! Je suis archiviste, bac +5. Je vous aurais bien dépanné pour la circonstance, mais j’ai oublié de prendre mon bidon d’essence avec moi désolé ! Et cette même personne, décidément délicieuse, remet le couvert, le même jour qui plus est : « les boîtes neuves, c’est vous qui les achetez ? » Mais bien sûr, madame ! Ca tombe bien, je sais pas quoi faire de mon énorme salaire, alors les boites neuves, c’est pour moi…
Ca fait beaucoup de coïncidences en si peu de temps. le groupuscule des « ennemis des archives » semble bien être passé à l'attaque ! Amis archivistes, il est grand temps de réagir. Une lutte s'engage et seuls les plus forts en sortiront indemnes. Un certain Frédéric M., qui occupe une haute fonction d'ordre culturelle, ne souhaite pas prendre parti dans ce combat acharné. Nous sommes seuls mes amis. Plus belle en sera notre victoire !!

















